Des villes livrées aux villes habitées : pauvreté d’usage, capabilités et droit à la ville dans les villes nouvelles africaines
DOI :
https://doi.org/10.5281/zenodo.23315592Résumé
Résumé
Qui habite réellement les villes nouvelles africaines ? La question paraît simple ; elle reste pourtant sans réponse statistique solide. Depuis les années 2000, les projets de villes nouvelles et les grands programmes de logement se sont multipliés sur le continent, de Kilamba en Angola aux pôles urbains du Sénégal. La littérature en a analysé les imaginaires, les promoteurs et l’économie politique ; elle s’est beaucoup moins intéressée à leur usage effectif dans la durée. Cet article propose d’aborder cette question à partir de l’approche par les capabilités d’Amartya Sen. Il introduit la notion de « pauvreté d’usage », issue de l’ouvrage « Bâtir dans les vides », pour désigner la situation dans laquelle un logement ou un équipement existe mais demeure, dans les faits, hors de portée des ménages. Il en propose cinq dimensions (économique, spatiale, fonctionnelle, sociale et culturelle, informationnelle) et une méthode de mesure inspirée d’Alkire et Foster, assortie d’indicateurs, de seuils de privation indicatifs et d’une procédure de validation. Il relie cette notion au droit à la ville (Lefebvre, Harvey), aux analyses des villes du Sud (Roy, Simone) et à la gestion partagée des espaces collectifs (Ostrom). Il décrit enfin un dispositif d’enquête longitudinal combinant comptages, cohorte de ménages, récits de trajectoires résidentielles et analyse juridique comparée, et formule six hypothèses dont la vérification requiert des données de terrain. L’objectif est de faire de l’usage effectif un critère d’évaluation des politiques urbaines.
Mots clés : Villes nouvelles ; Logement ; Pauvreté d’usage ; Capabilités ; Droit à la ville ; Enquête longitudinale ; Politiques urbaines ; Afrique.
Abstract
Who actually lives in Africa’s new towns? The question seems simple, yet it still lacks a robust statistical answer. Since the 2000s, new-town projects and large-scale housing programmes have multiplied across the continent, from Kilamba in Angola to the new urban poles of Senegal. The literature has analysed their imaginaries, promoters and political economy; it has paid much less attention to their actual use over time. This article approaches the question through Amartya Sen’s capability approach. It introduces the notion of “use poverty”, drawn from the book “Bâtir dans les vides”, to describe a situation in which housing or a facility exists but remains, in practice, beyond the reach of households. It proposes five dimensions (economic, spatial, functional, social and cultural, informational) and a measurement method inspired by Alkire and Foster, with indicators, indicative deprivation cut-offs and a validation procedure. It links the notion to the right to the city (Lefebvre, Harvey), to analyses of Southern cities (Roy, Simone) and to the shared governance of collective spaces (Ostrom). Finally, it describes a longitudinal research design combining counts, a household cohort, residential trajectory narratives and comparative legal analysis, and puts forward six hypotheses whose testing requires field data. The aim is to make actual use a criterion for evaluating urban policies.
Keywords: New towns; Housing; Use poverty; Capabilities; Right to the city; Longitudinal research; Urban policy; Africa.
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